Lectures de novembre
Nov. 30th, 2025 10:24 pm"Bungou Stray Dogs: Beast" et "Bungou Stray Dogs: 55 minutes", par Asagiri Kafka
Deux romans, environ 150 pages en liseuse chacun, mais d'après la postface de l'auteur un peu plus de 200 en papier.
* Une amie m'a passé certains des romans spinoff, en disant "lis celui-là" (Beast).
Pas parce que c'est le meilleur, c'était très personnalisé en fonction de mes préférences en personnages, ni parce que c'est le premier, c'est techniquement le sixième. C'est aussi un AU roleswap, et là plus rien de ce que je vais dire n'a d'intérêt pour les gens qui ne suivent pas le manga ou l'anime, et d'ailleurs le livre non plus. C'est un AU roleswap. On ne commence pas par ça. Mais si vous êtes dans le fandom c'est absolument délectable de voir les différences et les ressemblances avec le canon avec mafia!Atsushi et detective!Akutagawa (et la façon dont leur relation évolue pas tout à fait pareil).
Aussi, il y a un passage sans rapport avec ces deux-là qui brise le coeur, mais en vrai, je ne sais pas si je veux le spoiler.
* Et l'autre roman, 55 minutes (le quatrième, dans l'ordre chronologique) ! Dans la catégorie tropes, celui-là est un épisode boucle temporelle (merci H.G. Wells pour avoir sauvé Yokohama, j'adore cette version de H.G. Wells, elle n'a aucune idée de comment vulgariser la science, quand elle explique son pouvoir elle met des Delta T dès la première phrase, et elle explique enfin ce qu'est une singularité dans les détails). Cela ressemble beaucoup plus à un épisode normal de la série, avec Atsushi en personnage point de vue, ça se passe vers le début de la saison 3. Et je ne sais pas comment dire, mais c'était bien, et je suis extrêmement biaisée parce que je suis dans le fandom ces temps-ci.
Je trouve le style, sans être exceptionnel, beaucoup plus lisible que dans les light novels d'autres auteurs que j'ai lus. Peut-être parce que l'auteur est un geek de littérature classique.
8/10 + 8/10
"Résidence sur la terre", par Pablo Neruda
Poésie, environ 220 pages. Les trois recueils de poésie que l'écrivain chilien Pablo Neruda a écrit quand il était "en résidence", ambassadeur dans des pays étrangers.
Je dois avouer que dans mon imagination littéraire, tout le monde aime Pablo Neruda. La préface était de Cortazar, excusez du peu. Mais alors que je lisais, j'étais un peu déçue. J'étais là, oui, il y a de très belles images, des flamboynaces, mais il n'y a pas un poème qui me fait vibrer en entier.
D'après la préface, Neruda a plus ou moins renié les deux premières parties après s'être engagé dans la Guerre d'Espagne et avoir écrit la troisième partie sur la Guerre d'Espagne, mais je ne voyais pas pourquoi non plus. Ce n'est pas comme si elles étaient apolitiques ! Et puis je suis arrivée à la troisième partie, et je me suis dit, peut-être que c'était juste une question de maturité poétique, je la trouve bien meilleure que les deux premières ! Elle est aussi, effectivement, plus engagée, plus directe, moins centrée sur les images de façon qu'on peut regretter un peu. Mais elle a aussi beaucoup de force, et même de la violence - je ne m'attendais pas à la série de poème sur ce qui va arriver à Franco et ses sbires quand ils seront aux enfers. Globalement c'était très bien, malgré un peu de déception au début due au Hype Backslash.
Si vous me demandez où j'étais
je dois dire : « Il arrive que ».
Je dois parler du sol que les pierres obscurcissent,
du fleuve qui en se prolongeant se détruit :
je ne connais que les choses perdues par les oiseaux,
la mer laissée en arrière, ou ma soeur qui pleure.
Pourquoi tant de régions. pourquoi un jour
se joint-il à un jour ? Pourquoi une nuit noire
s'accumule-t-elle dans la bouche ? Pourquoi des morts ?
Si vous me demandez d'où je viens, je dois parler
avec les choses brisées,
avec des ustensiles trop amers,
avec de grandes bêtes souvent pourries
et avec mon coeur tourmenté.
8/10
"Liberté sur parole", par Octavio Paz
Poésie, environ 190 pages. J'aimais bien dès le début, des belles images, plein de références culturelles précolombiennes, mais très vite, je me suis fait complètement happer. Dans la partie "aigle et soleil", il y a des poèmes en prose qui sont presque des nouvelles fantastiques, qui présentent l'écriture comme une lutte perpétuelle, une tentative de saisir la parole du titre ; le sentiment de malaise, de magie, m'a rappelé Henri Michaux. Et plus tard, alors que l'on revient à des poèmes plus classiques, cette impression persiste. Et aussi cette impression qu'il parle de la poésie avec tellement de force, de certitude, que ce qu'il dit devient vrai, ce qui me rappelle plus la force des surréalistes plus traditionnels. Enfin, j'ai adoré.
Personne ne pourra se nourrir de ces restes desséchés, même mes chiens, mes vices. Espoir, aigle affamé, laisse-moi sur ce rocher semblable au silence. Et toi, vent qui souffles du Passé, souffle avec force, disperse ces quelques syllabes, qu'elles soient air et transparence ! Être enfin une Parole, un peu d'air dans une bouche pure, un peu d'eau dans des lèvres avides ! Mais déjà l'oubli prononce mon nom : regarde-le briller entre ses lèvres comme l'os brille un instant dans la gueule de la nuit au noir pelage. Les chants que je n'ai pas dits, le chant des sablonnières, le vent les dit en une seule fois, dans une seule phrase interminable, sans commencement, sans fin et sans raison.
10/10
"Le double", par Fiodor Dostoievski
Roman, environ 280 pages. Le seul roman fantastique de Dostoievski, je l'ai lu pour ça. La postface dit qu'il avait beaucoup déçu ses lecteurs et la critique, et je dois avouer que je fais partie des béotiens qui se rangent à cet avis.
Dès les premières lignes, pourtant, quand Goliadkine se réveille et est anxieux par rapport à ce qu'il devrait faire dans la journée, je l'avais trouvé bien décrit, on se reconnaît dans lui. Et peut-être qu'en fait on n'aime pas se reconnaître en lui. Parce qu'autant le personnage principal, et le narrateur, insistent sur le fait qu'il est un homme bon, auquel seul son honnêteté et son mépris de la flagornerie posent des problèmes, en tant qu'observateur objectif on voit bien qu'il est prompt à se plaindre de son sort à tout le monde, à mots couverts, en les mettant dans des situations très originales, on voit que sa vie est vide niveau amitié.
Au début, alors qu'il va s'expliquer pour un "malentendu" (rien n'est expliqué, on ne saura jamais ce qui s'est passé), Goliadkine croise une connaissance et espère qu'ils vont s'imaginer que c'est quelqu'un d'autre qui a exactement le même visage. Après cela apparaît, au travail puis dans sa maison, une personne qui a exactement le même nom et le même visage, qui commence à être admiratif avec lui, puis commence à le trahir et lui voler tout ce qu'il a.
On ne saura jamais s'il y a effectivement du surnaturel ou si Goliadkine est en train de devenir fou (et dans ce dernier cas, est-ce une double personnalité, ou quelqu'un qu'il imagine entièrement ?)
Mais voilà, c'était très fin, très bien fait, c'est du Dostoievski. Mais qu'est-ce que c'était déplaisant à lire pour moi !
7/10
"Poèmes indiens", par Miguel Angel Asturias
Poésie, environ 200 pages. Asturias est un auteur guatémaltèque avec des racines indiennes. Ce recueil de poèmes reflète cela. Il est en trois parties : "Messages indiens", sur le monde des indiens, leurs vie quotidienne, leur histoire, leurs mythes. J'aime les images poétiques.
"Claireveillée de printemps", qui est une longue réécriture, ou peut-être écriture, de mythe, sur comment les dieux et les humains capables de création artistique ont été créés, une histoire de guerre et de rivalité. J'adore l'imagerie de celui-là, mais il fonctionne beaucoup par répétitions, il faut accepter cela.
Et enfin, "Le grand diseur", avec un sage qui parle de la vie quotidienne et la rend mythique.
J'aime beaucoup ! Mais je crois que j'aime un peu plus ses recueils de contes, sur des thèmes proches.
On t'a découvert derrière ton ombre,
avec dans le dos le soleil couchant,
et ta déroute c'est cela.
Si le soleil est sur ton cœur,
s'il dore tes pieds et ta tête,
les hommes ne peuvent te vaincre,
ni les dieux ni les éléments.
Maintenant humilié tu regardes sans yeux,
tu entends sans oreilles, tu palpes sans mains
et tu parles sans langue,
condamné au silence
tu n'as plus d'autre cri que le sang sur tes plaies.
8/10
"Contes et légendes de Suisse", par André Cuvelier
Recueil de contes, environ 250 pages. Quand j'étais coincée en dehors de mon appart parce que la porte avait claqué, la voisine m'a gentiment prêté un livre de mon choix en attendant le serrurier ; celui-là parce que j'aime bien cette collection.
Il y a beaucoup de légendes attachées à un endroit particulier ou un personnage historique. Des légendes chrétiennes, des histoires de fées vengeresses. Du contexte historique sur l'histoire de Guillaume Tell, dont j'ignorais tout. Des amours contrariées. C'est souvent tragique. Les histoires étaient bien, mais l'auteur a un style littéraire, assez lent, et pas assez beau pour que je puisse en apprécier la lenteur en elle-même, j'aurais aimé les mêmes histoires (et d'autres !) racontées un peu plus vite.
7/10
Progression : 94/52
"Risques de lecture" : Résidence sur la terre, Liberté sur parole, Le double, Poèmes indiens -> 46/26
Bonus :
"Le Grand Maître de la Cultivation Démoniaque", tomes 1 et 2 de l'édition française, par Mo Xiang Tong Xiu
Roman, environ 360 pages sans compter la description des personnages et les notes culturelles à la fin. J'ai une amie qui voulait le lire ! Bien sûr, je me suis proposée pour le relire en même temps qu'elle et commenter chapitre par chapitre, j'adore ce genre d'entreprise ! J'en ai profité pour découvrir la version française pour la première fois. J'avais un peu peur, parce que je j'étais super-investie dès le début, parce que j'aime déjà les personnages, et je craignais que mon amie ne comprenne pas la hype, mais en fait elle s'est fait happée. Finalement, elle shippe plus le couple principal que moi :D Au début on faisait un chapitre par jour, mais nous sommes passées à deux :D
La traduction : je soupçonne que c'est traduit de la version anglaise, ce qui est un peu nulle. Mais il y a très peu d'endroit où elle m'a semblée maladroite ou déplaisante à lire, ça c'est bien. Par contre, il y a des endroits avec de longs passages en italique et je ne comprends vraiment pas pourquoi.
Sinon, j'aime toujours autant l'histoire que la première fois <3 Wei Wuxian est un excellent personnage principal, qui nous manipule, tellement sympathique même quand il fait des trucs qu'il ne devrait pas. Cela commence comme une enquête surnaturelle avec une suite de petits mystères locaux, mais cela devient petit à petit plus intéressant, alors que l'échelle augmente. Je suis toujours autant fascinée par le côté "c'est une romance, mais si on enlève la romance, le scénario se tient encore". J'aime les personnages, y compris certains qui sont très secondaires (A-Qing !) J'aime le worldbuilding. Ce n'est toujours pas génial à seconde lecture pour les personnages féminins, mais dans les romans m/m c'est malheureusement la norme, et j'ai vu bien pire.
8/10 + 9/10
no subject
Date: 2025-12-01 04:52 pm (UTC)mais quelle horrible aventure !! remerciée soit ta voisine.
no subject
Date: 2025-12-01 06:11 pm (UTC)(Et j'ai dû payer le serrurier une blinde parce que c'était le week-end)