Lectures de septembre
Sep. 29th, 2025 02:42 pm"Il pleut des poèmes : anthologie de poèmes minuscules", anthologie compilée par Jean-Marie Henry, dessine de Zaü
Poésie, environ 50 pages. C'est une anthologie de poèmes très courts, maximum 5 lignes brèves. Et pas des extraits, non : des poèmes qui ont été conçus ainsi. Cela permet d'en mettre beaucoup en quelques pages seulement. Il y a des haiku, mais pas seulement. En fait, il y a une très grande proportion de poèmes originalement écrits en français (mais pas tous, pas assez pour que cela soit le sujet, juste assez pour que ce soit un biais)
La première page contient juste "Le poème est une goutte d'eau, // il donne au désert l'idée de la fleur." sur un fond de désert.
Ce poème et tous les autres sont écrits obliquement, comme des gouttes de pluie tombant sur des paysages toujours différents. Cela commence avec seulement quelques poèmes par page, puis cela devient de plus en plus intense et serré, puis l'averse s'arrête. J'adore ce concept, c'est unique pour une anthologie.
La sélection maintenant ! Tous les poèmes ne font pas mouche, c'est encore plus difficile avec cette taille, c'est inévitable. J'ai quelques complaintes cependant. D'abord, très peu de poèmes de femmes, comme d'habitude, encore bien moins que les 5% habituels (incluant certains poèmes que j'aurais pu citer de mémoire, ce n'est pas une question de "les femmes n'écrivent pas de poèmes courts". Et mon poème préféré en une ligne, d'Apollinaire, n'y est pas non plus. D'un côté c'est bien de me faire découvrir ce que je ne connaisssais pas, de l'autre le sexisme lasse.
Quelques exemples
La pluie est triste parce qu'elle nous rappelle // le temps où nous étions poissons (Ramon Gomez de la Serna)
Le goût des mûres dans la bouche, // nous ne souhaitions pas un autre automne, // une autre terre (Pierre Dhainaut)
Comme une chute de lumière le jour est planté // de miroirs où viennent boire les chevaux du ciel... (Tahar Ben Jelloun)
Le silence de la vie est déchiré par les chiens // Le silence de la nuit est recousu par les chats (Paul Valet)
Rats de tous les pays // Effrayez-nous // Remplacez la bombe (Guillevic)
8/10
"Quelqu'un se souviendra de nous" par Nadège Da Rocha
Pour la catégorie "Down with the system" du Reddit Fantasy Bingo
Roman, environ 480 pages. Pandore a été manipulée par les dieux pour déchaîner tous les maux sur les humains. Elle décide de prendre sa revanche contre eux. Pour cela, elle recrute Méduse et Arachne, qui ont aussi leurs propres raisons d'en vouloir aux dieux.
Les points de vue sont alternés entre ces trois personnages, plus quelques bonus en chapitres uniques, ce qui permet de découvrir les différentes histoires des personnages, et leurs traumatismes. Par contre, et je suis un peu déçue, il n'y a pas de vraie différence entre les points de vue, que ce soit du point de vue de l'écriture, de la façon dont chaque personnage perçoit les autres (j'aurais aimé plus de subjectivité).
C'est une aventure dans le monde de la mythologie grecque aux répercussions cosmiques, centrée presque entièrement sur les personnages féminins et leurs relations (des romances lesbiennes mais aussi de l'amitié. J'aime les couples canon - Méduse/Galatée, Circé->Scylla, Eris/Enyo - et ceux qui sont juste sous-entendus étaient intéressants aussi, souvent avec de bonnes idées)
C'est une réécriture féministe, bien sûr, et la façon dont c'est fait m'a un peu frustrée parfois. L'auteure croit fermement à la réconciliation entre femmes contre le patriarcat, et parfois, elle crée une belle relation d'opposition entre femmes, et les différents sont réglés bien trop rapidement, en une seule scène, voir hors-scène.
Le plus frustrant, pour moi, est celui de la fin, où même si Zeus et Poséidon ont ce qu'ils méritent, les héroïnes cessent totalement de se battre au nom de l'humanité pour se battre aux côtés des déesses contre les hommes, et non, les déesses peuvent être aussi un problème ! Trop souvent, dans ce genre de réécritures, je trouve un personnage positif là où j'aurais aimé voir un personnage complexe. Enfin, je suis sûre que cette conclusion ravira certains lecteurs, c'est un message volontaire, maîtrisé, c'est juste moi qui ai l'impression, au nom du féminisme, de voir des traitres de classe.
7/10
"100 queer poems", anthologie compilée par Andrew McMillan et Mary Jean Chan
Poésie, environ 160 pages. C'est une excellente idée de faire une telle anthologie, et je suis contente qu'il y ait la matière. Je suis un peu frustrée pour le détail, parce qu'il y a presque exclusivement des poètes anglophones, avec très peu d'exception, et presque exclusivement des poèmes très récents, avec un peu plus d'exception, et j'aurais préféré qu'ils fassent un choix entre se limiter niveau pays et époque, ou avoir l'esprit ouvert, sans faire ce vague mélange.
(J'aurais également aimé qu'ils incluent Richard Siken, qui est mon préféré, mais bon, ça en fait plus à découvrir. Mon autre préféré, Ocean Vuong, y est, et son poème est certainement un de mes préférés du recueil.)
Mais sinon ! C'était très chouette ! Après l'intro qui s'interrogeait sur la définition d'un poème queer, je craignais un peu que certains de ces poèmes soient seulement "queer" au sens écrit par un auteur queer, sans que ce soit le thème, mais non, ou plutôt cela s'applique à quelques poèmes seulement, et encore, souvent il y a du subtext !
Le livre est séparé thématiquement en sept parties : "Queer childhoods, queer adolescesnces", "Queer domesticities", "Queer relationships", "Queer landscapes", "Queering the city", "Queering histories", "Queer futures".
Certains de mes préférés : "The Bear" par Jen Campbell, "The Whistler" par Mary Oliver, "Josephine Baker Finds herself" de Patience Abgabi (j'aime la forme expérimentale, le poème qui peut se lire dans les deux sens), "Reasons for Stating" d'Oean Vuong, que j'ai déjà mentionné, "Postcolonial love poem" de Natalie Diaz.
Plus des grands classiques comme "Funeral Blues" de Auden ou "Two loves" de Lord Alfred Douglas, ou "Shadwell Stair" de Wilfred Owen. J'aime trop les formes classiques par rapport à l'expérimental, je crois ^^
8/10
"Never Let Me Go" par Kazuo Ishiguro
Pour la catégorie "Biopunk" du Reddit Fantasy Bingo
Roman, environ 280 pages. C'est un spoiler que cela rentre dans la catégorie, mais j'ai été soulagée que ça ne soit pas le spoiler final, et aussi, je vais parler du livre comme s'il était connu de tout le monde.
Kathy, Tommy et Ruth ont été élevés dans un centre pour enfants-clones à qui on prendra plus tard leurs organes. C'est de l'anticipation scientifique, mais la science est un prétexte et ne répond pas aux questions de worldbuilding les plus simples : le but est de faire ce qui est la force de l'auteur, de l'étude psychologique. Ces enfants, puis jeunes adultes (et jamais plus loin), sans parents ni enfants, comment vivent-ils, à quoi rêvent-ils ? A quoi ressemble leur âme ?
Il ya a beaucoup de petits points de détails que je trouve super bien faits. Et puis, il y a aussi un triangle amoureux qui me semble plus fait pour montrer ce qui est universel que ce qui est spécifique à la situation, et auquel je n'ai pas accroché. La façon dont il est raconté, non chronologique, très précis sur certaienes scènes mais avec beaucoup de trou, oui, j'aime beaucoup son sens du détail. Mais pas la romance en soi, et les persos y sont tellement liés que pas tellement eux non plus. C'est dommage.
Un des points sur lesquels je suis en désaccord avec l'auteur est qu'il nous montre à quel point le situation est tellement normalisée qu'il n'y a aucune révolte ouverte contre elle de la part des personnages, pas seulement des trois principaux mais de tout le système, et voilà, ce n'est pas mon opinion sur la nature profonde des adolescents. Pourtant, j'aime la description des mouvements de mode et du sens des priorités des enfants futur "donneurs" !
Enfin voilà, c'est bien écrit, tragique, l'émotion est intense et maîtrisée, mais l'auteur n'allait pas dans les directions qui m'intéressaient le plus.
7/10
"Magnus, une histoire pour tuer le temps" par Laurent Peyronnet
Pour la catégorie "Gods and Pantheons" du Reddit Fantasy Bingo
Roman jeunesse, environ 100 pages, je l'avais acheté il y a quelques années parce que les dieux nordiques étaient dedans. Les illustrations étaient aussi très belles.
Magnus est un garçon norvégien qui, alors qu'il rentre chez lui dans une tempête, trouve asile chez un vieil homme un peu fou qui lui propose d'explorer sa bibliothèque : des livres dans lesquels on peut rentrer, plutôt que de juste les lire.
Il y a ensuite trois parties, une purement didactique sur Erik le Rouge et Leif Eriksson, une sur les dieux nordiques, dans lesquels les géants (ici, des trolls) sont plus héroïques que les dieux qui veulent prendre contrôle sur la nature et les blâment injustement pour la fin du monde (j'ai trouvé cette réécriture originale ! mais c'est traité trop brièvement !), une sur des chamanes lapons qui essaient de sauver l'esprit d'une petite fille. Cela essaie de ne pas être totalement extérieur, d'impliquer Magnus, de le mettre dans des situations dangereuses ; j'aurais trouvé cela surperficiel si ce n'était pas arrivé, mais là encore plus, c'est souvent gratuitement cruel, sans vraie logique. L'auteur essaie d'aborder des thèmes importants comme le sacrifice, l'écologie, la lecture, et ne réussit qu'à révéler qu'il n'a rien d'intéressant ou même de cohérent à dire dessus. J'ai été déçue. Je pense que la suite a une fin plus heureuse que le tome 1, mais je ne la lirai pas.
5/10
"Northanger Abbey" par Jane Austen
Roman, environ 250 pages. Catherine est une adolescente d'humeur charmante, qui est invitée par des voisins dans une ville de plaisance. Là elle rencontre des amies, et des jeunes hommes, certains plus fiables que d'autres.
C'est une histoire cynique où beaucoup de gens ne sont là que pour l'argent. C'est aussi une satire des relations sociales anglaises, et d'une ville de plaisance en particulier, à tel point que quand cela a été édité l'auteure a dû préciser que cela se apssait il y a quelques années, et que les règles de politesse absurdes avaient changé depuis.
On m'avait parlé de l'héroïne qui lit trop de romans gothiques et qui, quand elle se retrouve dans l'abbaye du titre, s'imagine les pires horreurs. Cela arrive, mais c'est finalement très secondaire - l'abbaye elle-même n'est pas mentionnée, même un peu, dans la première moitié du livre, et les passages qui s'y passent sont encore plus courts. C'est dommage, c'était une des parties qui m'intéressaient.
Je n'ai pas spécialement accroché à la romance ou au scénario, mais Catherine est absolument adorable, énergique, passionnée, et bien intentionnée. Elle est effectivement trop naïve, mais elle a 16 ans, le problème n'est pas d'être naïf à cet âge mais de devoir faire des décisions qui engagent toute la vie comme se marier, au lieu de s'amuser un peu. En bref, j'étais très attachée à elle, et cela a rendu la lecture plaisante, même si le reste n'était pas spécialement mon truc.
7/10
Progression : 79/52
"Risques de lecture" : Quelqu'un se souviendra de nous, Never Let Me Go, Northanger Abbey -> 37/26
Reddit fantasy bingo : 25/25