Lectures d'août
Sep. 1st, 2025 03:13 pm"The Left hand of Darkness" par Ursula Le Guin
Pour la catégorie "Stranger in a strange land" du Reddit Fantasy Bingo
Roman, environ 220 pages sur ma liseuse. Le personnage principal, Genly, arrive sur une planète pour convaincre ses différents gouvernements de rejoindre une alliance multi-planète pacifique. Il rencontre un politicien, Estraven, qui semble acquis à sa cause, mais dont il se méfie.
J'avais entendu dire qu'il s'agissait d'une planète où les gens n'ont pas de genre, et n'acquièrent des caractéristiques sexuelles que pendant une brève période reproductive chaque moi, et que le personnage principal et les habitants ont des préjugés les uns sur les autres par rapport à ça. L'autre caractéristique est que c'est une planète glaciale, et la survie en milieu difficile est une part intéressante que je n'attendais pas du worldbuilding et du scénario.
Genly est sympathique, il essaie sincèrement d'être ouvert d'esprit même s'il fait des erreurs parfois. Estraven est un personnage très intéressant. Leur amitié slow burn est un des gros arguments de vente du livre.
C'était court ! J'ai perdu l'habitude des livres de sf aussi courts ! Mais c'était effectivement très réussi. J'ai aussi beaucoup aimé l'intro, qui dit que la sf n'a pas a être une expérience de pensée sur le futur, que ça la limite, qu'elle peut être une expérience de pensée sur beaucoup d'autres choses.
9/10
"Un oiseau brûlé vif" par Agustin Gomez Arcos
Roman, environ 230 pages. Comme la plupart des romans de Gomes Arcos que j'ai lus, ce roman se déroule dans l'Espagne franquiste, mais contrairement à la plupart des autres, les personnages principaux sont solidement franquistes, obsédés par devenir riches ; le ton est très satirique. Je préfère les livres où il y a des personnages plus sympathiques (même si j'aime bien la petite soeur), mais c'est toujours très bien écrit, avec un mélange de réalisme politique et de rêve complètement déjanté toujours aussi fascinant.
8/10
"L'horreur tropicale et autres récits sur l'océan" compilés par Philippe Davaine
Anthologie de nouvelles, environ 140 pages. L'anthologie est vieille, les six histoires sont toutes écrites par des hommes, avec des hommes comme personnages principaux. J'ai été déçue, c'est un thème que j'aime, et aucune histoire ne m'a vraiment happée.
La première, "L'horreur tropicale" est assez basique, une vieille nouvelle avec un bateau attaqué par un monstre.
La seconde est sympa et un peu drôle, une nouvelle soviétique où les personnages, pendant une sortie de chasse sous-marine, pensent être capturés par des extraterrestres qui récupèrent des échantillons. Ma préférée est la dernière, qui est une histoire de fantôme - de mer fantôme.
Les troisième, quatrième et cinquième, quoique différentes dans le style, sont toutes sur le thème de la violence de l'humanité dirigée contre la mer. Cela tient clairement à cœur à l'anthologiste, mais dans un livre si court, malgré les styles divers, cela se répète.
6/10
"Mon premier Larousse des contes du monde" compilés par Thérèse de Cherisey
Collection de neuf contes, environ 100 pages. Deux d'entre eux sont très connus (Aladdin et Baba Yaga), Les autres un peu moins, parfois très peu (j'aime le conte inuit de la vieille qui adopte un ours). L'ambition est d'être du monde entier ; je n'aurais mis qu'un seul conte russe, même si la Russie est grande, et j'en aurais rajouté un d'Océanie.
Mais sinon les contes sont très bien, adaptés pour la jeunesse de façon à rendre les personnages un peu plus sympathiques à nos yeux modernes, mais pas trop et sans faire bébé pour autant.
La couverture a un style de dessin bien lisse, mais à l'intérieur, c'est beaucoup plus varié et imaginatif. Ma première réaction était "c'est trop court !" mais comme livre de contes pour enfants, ce qui est le but avoué, c'est très bien en fait.
8/10
"Les fous de Bassan" par Anne Hébert
Roman, environ 220 pages. J'ai lu la poésie d'Anne Hébert l'an dernier, et ça m'a rendue curieuse de ce roman dont j'avais entendu parler comme d'une histoire de crime et de mal.
En alternant les points de vue, un découvre peu à peu un petit village canadien très fermé, très protestant, d'où deux adolescentes ont disparu en 1936.
Il n'y a pas de twist, alors que le lecteur (mais pas la police) découvre ce qui se passe. C'est un univers où les femmes sont écrasées par le patriarcat, où elles seront blâmées aussi bien si elles désirent des hommes que si elles sont désirées. C'est un livre sans espoir, cruel et pesant où certains points de vue sont éprouvants. Mais comme je l'espérais en le ramassant dans une boîte à livres, c'est vraiment très bien écrit.
8/10
"The Emperor of Gladness" par Ocean Vuong
Roman, environ 400 pages. J'ai beaucoup aimé la poésie et l'autobiographie d'Ocean Vuong, donc je tente son roman... qui est aussi inspiré de faits autobiographiques (la narrateur est immigré vietnamien et queer, entre autres), mais plus linéaire.
Le personnage principal, Hai, a dû abandonner l'université et a plongé dans la drogue. Il l'a caché à sa mère, et pense au suicide, n'osant revenir chez lui. Mais il est arrêté par Grazina, une veuve lithuanienne atteinte de la maladie d'Alzheimer. Il vient vivre chez elle, prend soin d'elle en se faisant passer pour un infirmier aux yeux de sa famille, mais comme c'est un mensonge et qu'il n'est pas payé, il se retrouve à rpendre un boulot au fast-food local, où il croisera plein de collègues hauts en couleur, mais tous écrasés par la société...
C'est parfois déprimant et parfois drôle, mais surtout déprimant. Techniquement c'est de la found family, mais sans l'aspect feelgood et optimiste qu'on y associe en général. Ce n'est pas mon préféré de l'auteur, mais c'est toujours autant magnifiquement bien écrit, les descriptions comme les réflexions sur la vie sont fantastiques, et en plus les personnages sont très sympathiques. Le scénario n'est pas le point fort, mais en littérature générale des fois ce n'est pas le but.
8/10
"Wide Sargasso sea" par Jean Rhys
Roman, environ 125 pages, plus dans l'édition que j'ai environ 40 pages de bonus pour l'étudier littérairement. C'est une réécriture de Jane Eyre centrée sur Bertha Mason, la première femme de Rochester (qui s'appelle ici Antoinette). On sait peu de choses sur elle dans Jane Eyre : qu'elle a grandi dans les Caraïbes, et Rochester dit qu'elle était très belle, mais qu'elle avait une horrible personnalité, et qu'elle est folle maintenant.
J'ai beaucoup aimé. Déjà, le livre est là pour lui rendre justice, mais il ne la présente pas du tout comme une parfaite victime du patriarcat, comme je le crains parfois dans les réécritures. C'est un personnage complexe et fascinant, qu'on suit depuis son enfance, parfois de son point de vue, parfois de celui de Rochester.
Cela parle beaucoup de l'abolition de l'esclavage, et de l'influence sur l'économie de l'île, et même si Antoinette se sent une victime et regrette un peu ce temps, l'auteure est très claire sur le fait que c'était un problème (même si elle est très satirique sur le traitement des anciens esclaves dans le système qui a suivi. Elle écrit les noirs de l'île avec de la sympathie, pas beaucoup de recherche, cela lui a été reproché, en particulier le traitement de la magie a été appelé cliché et superficiel, mais moi j'ai bien aimé. Christophine, la vieille nourrice qui est aussi une sorcière, est clairement un des personnages les plus positifs.
Rochester est assez horrible (ce qui correspond au canon de jane Eyre), mais même lui a ses propres problèmes.
L'écriture est riche, et souvent, la façon dont plusieurs personnages perçoivent la description d'un même lieu est une partie importante des éléments de caractérisation. J'ai beaucoup aimé la fin, où on retrouve le point de vue d'Antoinette après un long interlude, mais bien sûr, c'est une fin très déprimante.
8/10
"A Master of Djinn" par P. Djèli Clark
Pour la catégorie "LGBTQIA Protagonist" du Reddit Fantasy Bingo
Roman, environ 280 pages en liseuse, plus en papier. J'ai déjà lu un livre dans le même univers, mais pas celui qui vient juste avant, "A Dead Djinn in Cairo", et c'était une erreur, parce que c'est dans la continuité directe, et d'ailleurs je m'en suis fait spoiler la fin. Ne faites pas comme moi.
Cela se passe dans un univers où, au 19e siècle, un mystique a fait revenir les djinns dans le monde des humains. Grâce à cela, la configuration politique du monde a entièrement changé, et en ce début de 20e siècle uchronique, l'Egypte est la puissance dominante, l'Europe a perdu presque toutes ses colonies, et le roi d'Egypte essaie de lancer une conférence de paix pour éviter l'équivalent de ce monde de la première guerre mondiale.
Malheureusement, un anglais membre d'une société secrète est assassiné, et un mystique qui prétend être celui qui a ramené les djinns tente de soulever le peuple et semble trouver qu'une guerre serait une bonne idée.
Fatma, l'héroïne de "A Dead Djinn in Cairo", brillante fonctionnaire du département des affaires surnaturelles, est chargée de l'enquête. En plus de cela, sa petite amie est de retour en ville et semble cacher de nouveaux secrets. Oh, et on lui impose une partenaire alors qu'elle préfère travailler seule.
J'ai des sentiments mêlés sur le livre. D'un côté, le worldbuilding est incroyable. J'aime la façon dont l'auteur écrit l'Egypte, ce mélange de mythes et d'histoire finalement assez récente. J'aime aussi beaucoup ce qu'il fait avec ses différents personnages féminins (même si en personnages masculins j'ai un gros faible pour Ahmad dans ce tome).
Malheureusement, j'ai été déçue par le scénario. En gros, je l'ai décomposé comme ça :
* 0%-50% : Une enquête policière finalement assez lente, heureusement que l'univers est bien parce que je n'ai pas l'impression qu'il se apsse grand chose d'intéressant.
* 50%-60% : Incroyable, la façon dont tout se recolle ! Les références littéraires ! Les implications métaphysiques ! Le mind control ! J'adore !
* 60%-80% : Grosse déception. C'est maintenant évident qui est le criminel, pourquoi Fatma se trompe-t-elle ? C'est aussi évident que l'empêcher d'utiliser sa magie est plus important que prouver formellement ses crimes, ou plutôt aussi important mais plus urgent, pourquoi cette mise en scène ? Fatma est une figure de détective, je voulais qu'elle soit brillante !
* 80%-95% : Action ! Des morceaux de bravoure réussis ! Aussi quelques passages cliché, mais je suppose qu'il en faut...
* 95%-100% : Vous avez sauvé le monde, pourquoi l'épilogue réussit-il à ressembler à la fin d'un épisode de série policière ultra-cliché ? Vous n'êtes même pas censés être techniquement des policiers (mais on voit peu la différence)
Donc voilà, en fait une partie de ma déception vient sans doute du fait qu'il y a une partie que j'adore, et qu'elle ne dure pas jusqu'à la fin. Ca reste un bon livre ! Mais j'espérais mieux. La romance est sympa, mais je suis sûre que cela fait partie des choses que j'aurais plus appréciées si j'avais lu dans l'ordre.
7/10
Progression : 73/52
"Risques de lecture" : The Left hand of darkness, Un oiseau brûlé vif, Les fous de Bassan, The Emperor of Gladness, Wide Sargasso Sea -> 34/26
Reddit fantasy bingo : 22/25
no subject
Date: 2025-09-01 02:05 pm (UTC)no subject
Date: 2025-09-01 02:13 pm (UTC)no subject
Date: 2025-09-01 03:47 pm (UTC)Je note aussi pour Arcos, je n'aurai pas forcément envie de lire celui-ci mais on ne sait jamais ?
no subject
Date: 2025-09-01 03:51 pm (UTC)J'en ai toujours chez moi (des livres de Gomez Arcos) que je n'ai pas lu, mais celui-là était dans une boîte à livres juste à côté de la plage :D