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Regardez tous les livres appelés "Collected Poems" que je poste ce mois-ci !


"Les trois vies de Roger Casement", par François Reynaert
Non-fiction, environ 280 pages. Roger Casement a été connu, à son époque, pour être un des dénonciateurs de l'exploitation dans les colonies. Il a aussi été tellement pour l'indépendance de l'Irlande qu'il a fait des deals avec l'Allemagne pendant la première guerre mondiale. Il était aussi, de façon plus discrète, homosexuel et très sexuellement actif.
L'auteur sépare clairement ces trois parties, et donc le récit n'est que semi-chronologique. Je suppose que c'est pour donner une idée de à quel point on peut donner une idée fausse d'une figure historique en n'explorant qu'un de ses aspects. Et là, rien de tel. L'auteur a fait beaucoup de recherche sur l'époque concernée, que ce soit au Congo, en Amérique du Sud, en Irlande, en Allemagne, etc, même si parfois ses comparaisons avec les autres époques me font dire qu'il n'a pas fait de recherche sur tout. Je ne suis pas toujours d'accord avec l'auteur, en particulier sur les mots anachroniques qu'il estime utilisables dans sa biographie et ceux qu'il estime inadaptés, mais c'est très sérieux, beaucoup d'information en un texte court, facile à lire, et très intéressant.
8/10


"Collected Poems", par Edna St Vincent Millay
Poésie, environ 750 pages avec les oeuvres complètes de Millay. J'aimais déjà quelques poèmes de cette auteur, en particulier ceux sur la mort que j'aime toujours beaucoup. La nature est omniprésente, la vie quotidienne aussi, et les amours sont éphémères mais parfois intenses. J'aime aussi beaucoup ses poèmes politiques sur le pacifisme.
Je ne suis pas très fan de la décision du livres de mettre à la fin tous les poèmes qui sont des sonnets, de tous les recueils. La préface dit que toutes les éditions le font. Toujours pas fan.
Certaines oeuvres sont de longues suites de sonnets, qui peuvent se lire comme une histoire complète (que ce soit celle de la femme qui avait quitté son mari et revient alors qu'il est mourant, ou cette passion ephémère décrite en une longue oeuvre, avec des accents de légende arthurienne) ou comme des sonnets séparés. Mon exemple est un de ses sonnets. Il marche tout seul. Il est aussi part d'une histoire.
Le niveau moyen n'est pas ce que j'ai lu de meilleur, pour le style, mais pour les idées, il y en a toujours que je trouve très frappants.

Love is not all: it is not meat nor drink
Nor slumber nor a roof against the rain;
Not yet a floating spar to men that sink
And rise and sink and rise and sink again;
Love can not fill the thickened lung with breath,
Nor clean the blood, nor set the fractured bone;
Yet many a man is making friends with death
Even as I speak, for lack of love alone.
It well may be that at a difficult hour,
Pinned down by pain and moaning for release,
Or nagged by want past resolution's power,
I might be driven to sell your love for peace,
Or trade the memory of this night for food.
It well may be. I do not think I would.

8/10


"La truite rompt la glace", par Mikhaïl Kouzmine
Poésie, environ 50 pages, plus des notes détaillées. Kouzmine était un poète russe et ouvertement homosexuel du début du 20e siècle. Ce livre ne contient qu'une partie d'un de ses recueils, qui raconte une histoire complète.
En deux prologues, douze poèmes sur les douze mois de l'année et un épilogue, le narrateur raconte comment il rencontre un beau jeune homme, est abandonné pour une femme, comment le jeune homme, après avoir parlé de son amour parfait avec elle, finit par se suicider, et comment son esprit est réuni avec le narrateur par moyens magiques. La première partie est partiellement autobiographique. La seconde, comme on peut s'en douter, pas vraiment.
Le titre fait référence à la truite qui, alors que le printemps arrive, tend son corps et donne des coups de queue pour aider à briser la glace amincie ; une métaphore sur gagner sa propre fin heureuse.
Alors que je lisais, je n'ai pas été convaincue par l'écriture poétique, mais plus j'y pense, plus je suis fascinée par la structure, par l'histoire et ses non-dits (la force qui réunit les amants à la fin est-elle divine ou démoniaque ? Il y a des indices des deux).
8/10


"Amant ô mon viril amant", par Takahashi Mutsuo
Poésie, environ 100 pages. J'explore la collection ErosOnyx, avec ce recueil sous-titré "Poèmes homoérotiques". C'est une sélection transversale sur plusieurs recueils de l'auteur, qui parcourent toute sa carrière. J'ignore si la sélection a été faite purement sur la qualité, ou s'il y a des poèmes rejetés tout simplement parce qu'ils ne sont pas homoérotiques.
Je n'ai aucune sympathie pour la personne qui a fait la sélection et la traduction, d'ailleurs, dans la préface et ses autres interventions, il se montre souvent terriblement condescendant. Enfin, il fait son boulot.
Les poèmes eux-mêmes sont, comme promis, très sexuels, à la fois explicites et en sous-entendus, en images.
Un recueil sur Abel et Caïn, qui ici ont une relation trouble (ce doit être mon préféré). Un recueil constitué exclusivement d'autoportraits déguisés. Un recueil sur la Grèce. En général, beaucoup de références occidentales. Certains poèmes m'ont beaucoup touchée, d'autres pas du tout.

Amant ô mon viril amant tu es une rose
rose un peu pale à la forte senteur de sexe
je suis à genoux devant toi
tes cuisses que mes bras étreignent en tremblant sont des roses
face à mes paupières closes
dans un buisson plein d'odeurs
une rose naissante imbibée de rosée dort d'un sommeil d'aurore
tel un suppliant grec je me cramponne à toi
qui me domines
paumes ouvertes en extase tête rejetée en arrière
te voilà tout à coup changé en un robuste rosier
dont les feuilles absorbent les rayons du soleil

7/10


"Collected Poems", par Sylvia Plath
Poésie, environ 350 pages. J'aime beaucoup la poésie de Sylvia Plath. Je n'aime pas trop cette édition. D'abord, dans ses poèmes de jeunesse, une sélection arbitraire a été faite et il n'y a pas Mad Girl's Love Song que j'aime beaucoup. Ensuite, il y a une analyse qui appelle sa poésie et sa personne fondamentalement égocentrique, et je ne doute pas que ce soit vrai ! Apparemment dans ses écrits en prose elle a des opinions très discutables. Mais je pense que quand on fait de l'analyse poétique, il y a plus important à dire, et après quelques pages, je me suis demandé si cette analyse comportait effectivement autre chose.
Sylvia Plath a ce talent poétique où chaque mot, même le plus incongru, semble exactement à sa place, la seule possibiité. Ses poèmes ne sont souvent pas sur de grandes idées, même pour des thèmes très lourds pour elle comme sa maladie ou la mort de son père, mais sur des anecdotes simples de tous les jours, et elle réussit à en faire quelque chose d'incroyable.

Even the sun-clouds this porning cannot manage such skirts.
Nor the woman in the ambulance
Whose red heart blooms through her coat so astoundingly

A gift, a love gift
Utterly unasked for
By a sky

Palely and flamily
Igniting its carbone monoxides, by eyes
Dulled to a halt under bowlers

O my God, what am I
That these late mouths should cry open
In a forest of frosts, in a dawn of cornflowers

8/10


"The Secret Chapter", par Genevieve Cogman
Roman, environ 300 page, le sixième tome de la série qui commence avec The Invisible Library. J'ai particulièrement aimé celui-là, parce qu'il s'agit d'une alliance avec des fées et des dragons pour faire un casse dans un musée - tout ce que j'aime. Avec bien sûr des risques perpétuels que tout le monde trahisse tout le monde.
Cette série me plait toujours autant, j'aime l'héroïne, j'aime leur concept des fées, j'aime l'ambiance avec de la tension mais où on sait qu'à la fin rien d'horrible ne va arriver, c'est de la parfaite lecture détente. Je ne comprends pas pourquoi je n'ai pas encore lu toute la série.
8/10


"The Magic Border : Poèmes et fragments de 'My Soft Machine", par Arlo Parks
Poésie, environ 100 pages en bilingue. L'auteure est une musicienne, et ce recueil contient les paroles de son recueil My soft machine, plus certains poèmes écrits lors de la même période créatrice. Les paroles de chansons jouent plus avec les répétitions, mais globalement on sent l'unité.
"La survie, l'amour, l'autodestruction et la prise de conscience", résume-t-elle les thèmes du recueil dans la préface. Les amours queer, souvent. Les amours compliquées entre personnes qui ont toutes les deux des problèmes de santé mentale. Des images abstraites mais très colorées, assez souvent des mentions de marques ou de célébrités modernes qui capturent une génération qui n'est pas la mienne.

I am thinking about it all in a different way now.
I didn't know you were sick, that you almost lost your hear to it.

Cellular love, diaphanous, cusping twenty-one and wading through the pink slush>
The feeling of being yours earthed me, black hair gripped at the base, barbed wire

I didn't have the resources to be angry about any of it.
I liked feeling small in your arms, the weird, feminine shiver it gave me.

(screen door slashed, wincing through July, peppery Massaya wine)
You decided to protect me, and that was the beginning of the end.

7/10


"Collected Poems", par Eiléan Ní Chuilleanáin
Poésie, environ 400 pages, une oeuvre qui va des années 70 à maintenant. C'est une auteure irlandaise, et l'Irlande est un des thèmes centraux dans son recueil. Son histoire, ses paysages, sa religion (beaucoup de poèmes consacrés à des moines ou bonnes soeurs), sa vie quotidienne, parfois ses religions plus anciennes, en brèves références.
Ce ne sont pas les seuls thèmes, souvent il y a des poèmes écrits pour ses proches ; de plus en plus souvent, alors que le livre avance, à l'occasion de leur mort.
Les images sont complexes, la plupart des poèmes ont besoin d'être lu deux fois pour être compris même un peu (même si cela pourrait être aussi moi qui ai du mal avec l'anglais). Mais ils en valent la peine, car cette seconde lecture est presque toujours plus riche que la première. Des mots rares, des expressions en latin ou en français, n'arrangent rien même pour le lecteur anglophone.
L'auteure partage mon amour pour les araignées et les utilise plusieurs fois dans ses images.
Globalement, j'aime !

The House Remembered

The house persists, the permanent
scaffolding while the stones move round.
Convolvulus winds the bannisters, sucks them down;
we found an icicle under the stairs
tall as a church candle;
it refused to answer questions
but proved its point by freezing hard.

The house changes, the stones
hidden under dry lichen spreading
abusung the doorposts, frost on the glass
Nothing stays still, the house is still the same
but the breast over the sink turned into a tap
and coming through the door all fathers look the same.

The stairs and windows waver but the house stands up;
peeling away the walls another set shows through
and somebody was born in every room.

8/10


"Collected Poems", par Dylan Thomas
Poésie, environ 200 pages. Il n'en a pas écrit tant que ça, pour des oeuvres complètes, mais la qualité est la clé ici. Il sait certainement faire des choses avec les mots, que ce soit des formes classiques difficiles ou des expérimentations graphiques. Et il a écrit un poème qui a marqué l'imges de la mort dans le monde anglophone.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

Ses images donnent toujours l'impression que le poème, quel que soit son sujet, est au sujet du monde entier, pourrait changer l'univers et ses lois. Parfois, je me demande si un auteur est si doué parce qu'il peut être péremptoire, immense, sans limites, ou s'il ne peut se le permettre que parce qu'il est doué.
Je comprends pourquoi on l'a appelé l'héritier des bardes classiques. La religion est aussi un des thèmes centraux, mais pas au sens moral et social, encore une fois, comme quelque chose d'immense qui est aussi le monde.
Il y a des obsessions dans ces poèmes, la chair contre l'esprit, "flesh", "ghost", "worm", "womb". La mort aussi, toujours. Mais en bref, j'ai été complètement happée. Au point de tolérer un certain sexisme latent parfois, dans ses rares poèmes sur les femmes et l'amour.
9/10


"The Traitor Baru Cormorant", par Seth Dickinson
Roman, environ 300 pages dans la version sur liseuse que j'ai, mais en papier il serait plus long. C'est le premier tome d'une série de... pas vraiment fantasy, l'univers est alternatif avec des royaumes et pas de technologie avancée, mais il n'y a pas de magie et l'empire maléfique appliqué plutôt des techniques de SF comme l'eugénisme ou le conditionnement.
Baru, quand elle était enfant, a vu son pays colonisé par l'Empire des Masques. Elle a suivi leur école, s'est promis d'acquérir tout le pouvoir possible dans leur système pour sauver son pays. Elle se retrouve assignée à un rôle de comptable dans une autre de leurs colonies où la révolte gronde. Elle devra choisir : mater cette révolte pour monter dans la hiérarchie, ou la soutenir quand leurs aspirations à la liberté sont si proches des siennes. (En plus, elle est lesbienne dans un empire très homophobe et a beaucoup de tension sexuelle avec une des duchesses rebelles)
C'est un livre sur la chute morale liée à la collaboration avec l'oppresseur, et les choix douloureux. C'est aussi extrêmement déprimant. Mais c'est tout à fait le genre de livre qui me plaît.
Ceci dit, c'est aussi seulement un début, et mon appréciation finale dépendra de l'arc de personnage global.
8/10


Progression : 94/52
"Risques de lecture" : Les trois vies de Roger Casement, Eiléan Ní Chuilleanáin's Collected Poems, Dylan Thomas' Collected Poems, The Traitor Baru Cormorant -> 46/26

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